Mercredi 27 juin 2001

 

L'honnêteté ne paie pas

L’honnêteté ne paie pas. L’honnêteté ne suffit pas. Il faut aussi des preuves, des papiers, des taxes, des passages à la mairie. Il faut se plier aux rites administratifs et garder les documents sous clé, sous verre, à porté de la main. Il faut pouvoir les arborer au moindre doute. "Chérie, je t’aime comme le prouve notre contrat de mariage", "mais monsieur, je suis citoyen français, regardez mon passeport ", "laissez-moi parler, je suis diplômé". Il n’y a pas de vérité si elle n’est inscrite dans un livre. Voilà 10 ans que je vis au Canada mais je n’ai pas complété les formulaires de citoyenneté et si je sors du pays plus de 6 mois, je ne pourrai plus y rentrer. Voilà 10 ans que je vis avec mon amie mais elle ne peut pas rester plus de 3 mois en France avec moi parce que nous ne sommes pas mariés. Sur la planète, il y a des pays qui ne sont que les limites d’applications des lois. Rien de physique là-dedans, la terre ne change pas de couleur cent mètres avant ou cent mètres après la frontière. Mais ce qui est illégal cent mètres plus bas est toléré cent mètres plus haut. Il n’est pas non-plus de droits qui ne soient inscrits sur un registre. Les droits de l’homme n’existent que parce qu’ils furent notés sur un parchemin. Depuis l’invention du papier, il est le garant de toute chose, comme une marque divine. Dieu existe, je l’ai lu ! C’est l’effet placebo des diplômes. Combien de malades ont guéri sous la pratique d’un charlatan à la blanche blouse, médecin au certificat photocopié encadré et placé sur le mur au-dessus de sa tête comme une auréole ? Dieu existe, nous l’avons lu, c’est un miracle ! Ainsi, l’Histoire commence où débute l’écrit, avant, c’est la préhistoire. Certains peuples du monde ne sortent donc qu’à peine de la préhistoire, d’autres y sont encore. Des peuples sans Histoire, sans vérités, sans connaissance et sans droits. Un homme, un pays, c’est l’attribut élémentaire, comme la taille, l poids, la couleur des yeux. Nous sommes enracinés, inclus dans notre terre, comme jadis, les paysans appartenaient au domaine du seigneur. Taillables et corvéables à merci. Et pour la même raison qu’autrefois : la sécurité. Nous payons nos nouveaux chevaliers pour qu’ils nous protègent. Nous ne leur offrons plus un cheval, mais un sous-marin nucléaire munis de 15 missiles atomiques à longue portée et tête multiple.

Alléluia !