Accident,

Accident tragique sur l'autoroute 10, soixante-dix voitures impliquées, imbriquées. Un mort, quelques blessés graves. Les survivants sont allé bosser comme tous les jours. Un mort à la gloire du travail. Cinq jours par semaine, huit heures par jour, avec le sourire, sans retard et que bouille la marmite. On n'y peut rien que voulez-vous, faut bien bouffer, payer l'hypothèque pour la voiture et la maison. Les enfants, ça coûte cher vous savez. J'espère que celui-là avait une assurance vie, sinon tant pis pour les gosses. Même ça, il faut le payer. Jusqu'à la retraite. Vous me direz qu'il n'avait qu'à prendre le bus ou le métro. La voiture est un cercueil métallique et roulant, le métro, c'est la fosse commune. Le problème n'est pas le moyen de transport mais la raison du déplacement, la survie ouvrière, la simple survie. Avec quelque semaine de congé payé à la fin, et 50% de son salaire à la retraite. Vive la vie. Je ne vous dis pas quoi faire, je n'en sais rien. Chacun sa solution. Sur mon siège en plastique, dans ma voiture de taule, sur l'autoroute en béton, bumper à bumper, un gros camion derrière, une famille devant, bloqué dans mon cercueil vitré, j'ai eu le temps d'y penser. De penser que n'importe quoi valait mieux que ça. Nos grand-pères mourraient pour défendre leur terre, nous, ce sera pour nos autoroutes.