Cette
année, miss a les pieds dans le sang. Deux cents morts au Nigeria.
Deux cents morts pour un string, une paire de poumons et un brushing.
Pour des filles heureuses de se taire, de sourire bêtement,
qu'on admire leur absence de poils, de bourrelets et de jugement.
Des femmes parfaites, surfaites, sur mesure, des grandes Barbie qui
respirent, font la cuisine, parlent quelquefois. Que demandent-ils
de plus, un tchador ? Une Bourca ? Le spectacle est dégradant,
certes, autant pour ceux qui regardent que pour celles qui s'exhibent.
De là à se tuer ! Pas pour bouffer, revendiquer,
s'insurger, se révolter, non, pour une simple culotte et une
phrase de travers. Question de religion, mais aucune religion ne dicte
la violence, aucune ne se ferme aux autres. Les vraies religions relient
les hommes entre eux, créent des repères universels.
Ce n'est pas au nom d'une religion que deux cents hommes sont montés
au septième ciel. Mais par excès de pudibonderie, de
fanatisme et d'ignorance. Car c'est bien d'ignorance qu'il s'agit.
Deux cents ignares perdent la vie sans savoir pourquoi. Deux aveugles
se massacrent en hurlant. Mais le show continue. On n'annule rien
du tout, la beauté fleurira dans le sang cette année.
The show must go on. Quarante morts dans un stade de football, le
match continue. Deux avions dans deux tours, et les avions volent
toujours les 11 septembre de chaque années, comme si de rien
n'était. Parce que nous ne sommes pas responsables, ce sont
les autres les barbares, pas nous. Nous devons continuer à
ne rien respecter, ne rien voir, ne rien comprendre.
On a le droit d'acheter des grosses bagnoles, des maisons de campagnes,
des films pornos et des milliards de jouets en plastiques à
Noël. On est libre nous. Libre !